Bahia. Fin du mois de février. Le soleil brûle, les rues sont calmes. Salvador a été frappée ces derniers jours
par des évènements très lourds. Une grève de la police a conduit à un climat d'insécurité important sur la ville et a menacé le Carnaval. Nous, on hésitait à venir, mais nos esprits, assoiffés de
culture brésilienne, ne nous ont pas vraiment laissé le choix.
Salvador est magnifique. Salvador est tranquille. Oh bien sûr, je parle des seules rues pavées et des maisons coloniales devant lesquelles nous avons déambulé, rencontrant des amis au
hasard, des artistes de rues et beaucoup, beaucoup de touristes Français. Il n'y avait pas le bruit qu'on nous avait promis. Carnaval achevé, derniers jours d'été, les batucadas ne défileront plus dans la rue avant quelques jours, semaines ou mois. Qu'importe! Autre chose nous a amenés ici.
Je suis partie il y a presque trois mois de Campinas avec juste un grand sac sur le dos et je suis partie parce que je savais qu'à la fin, je rentrerais "à
la maison", avec mes 10 colocs et que tout reprendrait là où on s'était arrêtés : au bord de la piscine, un barbecue en cours, un peu de musique et plein de sourires. Et puis non. La
décision de partir à New York à la place, prise un peu malgré moi, est trop présente dans ma tête. Bien sûr, je vais être heureuse là-bas aussi, mais je voulais avoir le temps d'aller là où je
n'ai pas encore été, d'apprendre mieux le portugais, de m'imprégner si fort du Brésil que j'aurais à vie du samba dans la tête et de l'açai dans le sang (oui
on sait tous que je voulais dire cachaça, mais ma famille lit ce blog). A la place, je dois dire au revoir... Et Salvador de Bahia a été le meilleur endroit pour le faire.

Car Salvador est un concentré du meilleur de ce que le Brésil a à vous offrir. Oui je dis ça très souvent. Mais là c'est frappant. D'abord il y a l'arrivée en bus, très tôt le matin, en
passant par des endroits où vous ne vous arrêteriez pour rien au monde. Adrénaline, désorganisation, le cocktail explosif qui vaut bien mieux que le café du
petit-déj. Puis la détente, quand vos supers colocs s'arrangent pour trouver de la place pour 6 dans un hôtel sans réserver. Du brassage culturel quand vous vous apercevez que votre hôte est
franco-brésilienne, du chill-out avant la tempête. De l'émerveillement ensuite en marchant en bord de mer, dans le
centre-ville, partout, et puis, du mystère... Bahia est en effet le berceau du camdomble, la religion afro-brésilienne, et le meilleur lieu possible pour
appréhender cette culture presque magique. Ni une, ni deux : nous devons nous y mettre. Les filles ont troqué leurs crayons de couleur pour des livres sur les légendes métissées, et on ne parle
plus que de ça: cérémonies, églises, orixas... Attendez! Une petite explication avant tout...:
Pour faire simple, car il y a de nombreuses divisions territoriales, historiques, blabla, du camdomble, ccelui que nous découvrons à Salvador, c'est le principe d'honorer des divinités,
appelées orixas (prononcez orisha), chacune dotée d'une personnalité, de caractéristiques propres et souvent attachées à un phénomène naturel. Selon la tradition, nous sommes choisi à notre
naissance par un orixa et celui-ci sera important tout au long de notre vie. Ceux-ci ont été apportés par les esclaves africains au XIXeme siècle. Un orixa célèbre par exemple, c'est Iemanja, la divinité de la mer. Petit jeu : choisir un bouquin sur le
Camdomble et trouver son orixa! On peut en avoir plusieurs, et chacun a des préférences rituelles (couleur, nourriture...).
A partir de là, le ton était donné : nos sorties shopping, c'était davantage pour trouver les perles et les colliers qui correspondaient à nos orixas,
que pour... Nan je rigole, on a fait du vrai shopping aussi. Des cennnntaines de petits bracelets qu'il faut attacher trois fois en faisant un voeu. Et puis j'en ai profité pour me faire
tatouer le pied (petit souvenir d'un grand voyage) avec un motif des Quilambas colombiens et Estelle, la fille la plus rationnelle que je connaisse, s'est
fait tirer les coquillages dans une (presque) favela, c'est vous dire si Salvador transforme.
Salvador, c'était aussi l'hospitalité brésilienne, puisque nous avons retrouvé Ramon, un ami de Campinas que mes colocs avaient rencontré en France et
dont le frère nous avait hébergés à São Luis (vous suivez ?). C'était la bière, les dernières caïpi, les spécialités Nordestines et rien qu'en écrivant cela, je salive en pensant aux acarajés, sorte de beignet à... Oh et puis je suis fatiguée de décrire toutes ces merveilles brésiliennes, allez-y, à Bahia, c'est le meilleur moyen.
C'est Salvador qui m'a fait réaliser enfin à quel point j'étais amoureuse de ce pays. Je suis à New York depuis quelques semaines déjà et sans vouloir
vous spoiler, même si c'est une ville que j'apprécie beaucoup, mon paradis, ma maison, ma soul mate, sera toujours le
Brésil. Parce que c'est un pays où je ne me suis jamais sentie étrangère, même sans parler le portugais brésilien au début. C'est un pays où chaque seconde est un rire, une découverte, un bol
d'air et une leçon à la fois. C'est un pays dont je ne me lasserai jamais de parler et où je n'aurai de cesse de revenir. Je l'ai su, parce que l'échéance approchait et que je me suis sentie
arrachée. D'ailleurs, le titre de mon article précédent, n'était peut être pas très juste. La fin, d'un beau voyage peut être, mais surtout le début de ma déclaration d'amour au Brésil (ça marche
pour le pays entier, si tu es beau et brésilien, envoie moi un mail et je t'épouse pour le Visa). Alors, il était une fois...

Je rappelle sans cesse tout ce qu'il y a de fou dans mon voyage : le Carnaval, les fruits de mer, les fêtes, les beaux paysages. Le fait est que le Brésil n'aurait même pas besoin de ça.
Le fait est que le Brésil est déjà parfait ou du moins, si un moment ne l'est pas, les orixas agiront en silence pour que vous vous trouviez au bon moment, au bon endroit... Et je ne dis pas du
tout ceci en faisant référence à notre dernier jour de voyage où après avoir déjeuné de langoustes ("on peut bien en prendre quelques-unes!") au bord de piscines naturelles et relâché des bébés
tortues à la mer, nous nous sommes retrouvés sur le toit d'une maison hippie, coucher de soleil au dessus des palmiers, lorsque tout doucement s'est
mis à résonner le son d'un tam-tam, lequel couvrait à peine nos fous rires de bonheur... Non, non.